Sur la table de la cuisine, le scénario est souvent le même : après un repas à peine terminé, un proche âgé accepte généralement son yaourt et sa compote. L’aidant, rassuré, pense avoir apporté l’essentiel. Pourtant, ce réflexe peut contribuer à la dénutrition des seniors sans que personne ne s’en rende compte.
La Haute Autorité de Santé (HAS), la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG) et le Collectif de lutte contre la dénutrition rappellent que la dénutrition protéino-énergétique est un problème majeur après 70 ans. En analysant la composition de ces desserts, on comprend pourquoi neuf aidants sur dix tombent dans ce piège discret.
La dénutrition chez les personnes âgées : un problème principalement lié à la perte musculaire
En France, entre 2 et 3 millions de personnes souffrent de dénutrition, dont une majorité de plus de 70 ans. Selon les autorités sanitaires, 5 à 10 % des seniors sont concernés, jusqu’à 25 % chez ceux qui bénéficient d’une aide à domicile. Les conséquences sont graves : chutes, fractures, infections, hospitalisations répétées, perte d’autonomie et risque de mortalité accru.
Avec l’âge, l’appétit diminue alors que les besoins en protéines augmentent. Cela concerne la lutte contre la sarcopénie, une perte de masse et de force musculaire qui fragilise la marche et l’équilibre. Le Programme National Nutrition Santé recommande deux portions de viande, poisson ou œufs par jour, ainsi que trois à quatre laitages, pour préserver la masse musculaire chez les seniors.
Le duo yaourt + compote : un faux ami pour la nutrition des seniors
Pris séparément, un yaourt ou une compote ne posent pas de problème. Mais lorsqu’ils deviennent le principal encas ou la fin de repas d’un senior qui mange peu, cela devient préoccupant. Selon la SFGG, un yaourt aux fruits de 125 g apporte environ 4 g de protéines et 15 g de sucre, tandis qu’une compote de 100 g ne contient que 0,2 g de protéines pour près de 18 g de sucre.
À l’inverse, un yaourt à la grecque ou un Skyr de 125 g dépasse 12 g de protéines. Pour une personne de 70 kg ayant besoin d’environ 84 g de protéines par jour, ce duo ne fournit qu’un peu plus de 4 g. Ces desserts apportent beaucoup de sucre et peu de nutriments bâtisseurs. Ce sont des “calories vides” qui coupent l’appétit, font monter la glycémie, mais ne nourrissent pas les muscles. La mode des produits “0 %” ou “sans sucre ajouté”, héritée des discours anti-graisses, aggrave aussi le problème en réduisant la densité énergétique de ces encas.
Transformer le dessert en un véritable soin nutritionnel : les recommandations
Les autorités telles que la HAS insistent sur l’importance d’aliments riches en énergie et en protéines, ainsi que sur l’enrichissement des plats et la multiplication des collations. Voici quelques conseils concrets pour améliorer les desserts et encas des seniors :
- Révolutionner le rayon frais : préférer les petits-suisses à 40 % de matières grasses, le fromage blanc à 40 %, les yaourts à la grecque ou le Skyr, qui sont plus riches en protéines, plutôt que les produits allégés ou “light”.
- Enrichir le yaourt préféré : si le senior tient à son yaourt nature, ajouter une cuillère de lait en poudre permet d’apporter environ 4 g de protéines. On peut aussi utiliser une poudre de protéines neutre vendue en pharmacie.
- Revaloriser la compote : ne plus la servir seule. La combiner avec deux petits-suisses ou un bol de fromage blanc, ou y ajouter une cuillère de poudre d’amande, augmente l’apport en protéines et en bonnes graisses.
- Redécouvrir les desserts riches traditionnels : un riz au lait maison peu sucré, un œuf au lait ou une faisselle avec une cuillère de miel apportent douceur, calories et protéines, en phase avec les recommandations du PNNS pour les personnes âgées fragiles.
Une expérimentation réalisée dans un EHPAD du Centre-Val de Loire a montré l’efficacité de cette approche : pendant six mois, tous les desserts et collations à base de yaourts et compotes ont été remplacés par des versions enrichies ou hyperprotéinées. Résultat : une diminution d’environ 20 % des chutes avec fracture. Les autorités soulignent le lien entre dénutrition et risque de chute, et recommande de surveiller l’état pondéral, la perte d’appétit, et d’intervenir rapidement en cas de problème.








