À 67 ans, Michel profite de sa retraite, mais ses matinées sont souvent longues, jusqu’à 11 heures, passées en pyjama devant les informations. En revanche, Jeanne, 72 ans, explique qu’elle a « de nouveau l’impression de commencer quelque chose » chaque matin, même si elle ne pratique ni jogging ni yoga. La différence réside dans un simple rituel matinal, et non dans une activité physique particulière.
Lorsque l’on quitte la routine du travail, beaucoup de retraités ressentent un certain flottement : plus d’horaires fixes, plus de contraintes, une journée qui débute « quand on veut ». Pourtant, la chronobiologie montre que ces premières heures du matin influencent l’humeur, la qualité du sommeil et même la mémoire. Tout dépend de la manière dont on organise son matin.
Retraite et horloge interne : un équilibre fragile au réveil
Les chercheurs expliquent que « presque toutes les fonctions biologiques suivent ce rythme », en référence aux rythmes circadiens, qui durent environ 24 heures. Le sommeil, la température corporelle, la tension artérielle, la production d’hormones, la vigilance ou les fonctions cognitives sont régulés par une horloge interne située dans l’hypothalamus, au niveau des noyaux suprachiasmatiques. Son cycle naturel oscille entre 23h30 et 24h30, avec une moyenne à 24 heures et 10 minutes. Cela signifie que sans repères extérieurs, notre heure de lever devrait varier chaque jour.
Durant la vie active, des éléments comme le travail, les transports ou les repas servent de « Zeitgebers » – des signaux qui synchronisent l’horloge interne. À la retraite, cette organisation disparaît, ce qui peut entraîner une désynchronisation circadienne. Les retraités ont tendance à se coucher tard, faire des siestes aléatoires ou rester éveillés tard avec des écrans. Le « syndrome du pyjama » – rester en tenue de nuit jusqu’à midi – brouille encore plus la frontière entre repos et activité, augmentant le risque d’insomnie, de fatigue ou de sentiment d’inutilité.
Ce que la chronobiologie révèle sur le matin et le cerveau
Au niveau hormonal, le cortisol, hormone de l’éveil, atteint son pic entre 6h et 8h. Les spécialistes conseillent d’engager une première action structurante dans la demi-heure ou l’heure suivant le réveil. Il ne s’agit pas de performance, mais de régularité métabolique. Se lever, ouvrir les volets ou commencer une petite tâche envoie un signal clair au cerveau : la journée commence. Cette action déclenche une libération de dopamine, hormone de la récompense, qui donne l’élan pour la suite.
La lumière est essentielle dans ce processus. La rétine capte principalement la lumière riche en bleu, qui informe directement l’horloge centrale et inhibe la production de mélatonine. S’exposer à la lumière le matin permet d’avancer l’horloge biologique et de stabiliser le cycle veille-sommeil. En revanche, une exposition tardive à la lumière la retarde. Chez les personnes âgées en institution, augmenter la luminosité durant la journée a permis d’améliorer le sommeil nocturne, la vigilance, de ralentir le déclin cognitif et de réduire les symptômes dépressifs. Ouvrir ses volets dès le réveil devient donc une petite luminothérapie quotidienne.
Le rituel matinal des seniors épanouis, en pratique
Les seniors qui vivent une retraite heureuse ont presque tous un même rituel simple, sans sport intensif :
- Une heure de lever fixe : se lever à la même heure chaque jour, avec une tolérance d’une heure le week-end, aide à stabiliser l’horloge interne et limite les réveils nocturnes.
- La lumière immédiate : dans les dix premières minutes, ouvrir ses volets ou rideaux, s’installer près d’une fenêtre, ou sortir quelques minutes sur le balcon ou dans le jardin.
- Une tâche avant 10h : une activité décidée la veille, comme appeler un proche, classer un dossier ou arroser les plantes. Elle sert de micro-objectif. Une fois accomplie, elle libère de la dopamine et donne un sens à la journée.
Le reste de la journée peut varier, mais ce socle temporel constitue une base solide. Le philosophe Emmanuel Kant illustrait cette régularité avec sa promenade quotidienne à Königsberg, toujours à 15h30, si régulière que les habitants ajustaient leur montre en conséquence. Sans aller jusqu’à cette extrême, vérifier chaque matin ces trois points – s’habiller, voir la lumière, réaliser une tâche – suffit souvent à réduire le « syndrome du pyjama » et à donner une structure apaisante aux journées de retraite.
Sources
- Pleine Vie
«Psychologie : les clés pour réussir sa retraite»







