Une nouvelle étude suggère que quelques semaines d’exercices ciblés peuvent avoir un impact durable sur la santé du cerveau. Alors que la maladie d’Alzheimer ne dispose toujours pas de traitement curatif et que la démence touche environ 57 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation mondiale de la Santé, la prévention devient une priorité pour la recherche.
Une équipe américaine a analysé un ancien essai d’entraînement cérébral lancé à la fin des années 1990. Publiés le 9 février 2026 dans la revue Alzheimer’s and Dementia: Translational Research and Clinical Interventions, leurs résultats indiquent qu’un programme intensif de cinq semaines, complété par quelques rappels, pourrait réduire le risque de développer une démence sur une période de plus de 20 ans. Ces résultats relancent l’intérêt pour ces exercices, souvent considérés comme de simples jeux.
Une étude de longue haleine : l’essai ACTIVE
Au centre de cette recherche se trouve l’essai ACTIVE (Advanced Cognitive Training for Independent and Vital Elderly). Mené entre 1998 et 1999, il a concerné plus de 2 800 personnes âgées de plus de 65 ans. Les participants ont été répartis au hasard en quatre groupes : trois ont suivi des programmes d’entraînement cognitif (mémoire, raisonnement, vitesse de traitement de l’information) et un groupe témoin n’a pas effectué d’entraînement.
Les programmes comprenaient jusqu’à dix séances de 60 à 75 minutes, deux fois par semaine, sur environ cinq à six semaines. Des séances de rappel ont été proposées un et trois ans plus tard. Vingt ans après, les chercheurs ont croisé les données des participants avec celles de l’assurance Medicare pour identifier les cas de démence.
Les résultats montrent qu’avec l’entraînement sur la vitesse de traitement, environ 40 % des participants ont développé une démence, contre 49 % dans le groupe témoin. Cela représente une réduction d’environ 25 %. En revanche, les groupes travaillant sur la mémoire ou le raisonnement n’ont pas montré de différence significative, ce qui met en évidence l’importance spécifique de l’exercice de vitesse.
Les mécanismes derrière l’entraînement de vitesse
Le programme de vitesse reposait sur un jeu informatique, parfois commercialisé sous le nom de Double Decision. Le joueur doit rapidement identifier une voiture ou un panneau routier au centre de l’écran tout en repérant un autre élément en périphérie. Le logiciel adapte la difficulté en fonction de chaque utilisateur.
Selon Marilyn Albert, autrice principale de l’étude, constater qu’un entraînement intensif de vitesse est associé à un moindre risque de démence deux décennies plus tard est remarquable. Elle souligne qu’une intervention non médicamenteuse, aussi modeste soit-elle, peut avoir des effets à long terme.
La neurologue ajoute que même un léger retard dans l’apparition de la démence peut avoir un impact significatif sur la santé publique et contribuer à réduire les coûts des soins. Les auteurs expliquent que ce type d’entraînement, basé sur un apprentissage implicite, pourrait renforcer la plasticité cérébrale et la réserve cognitive. Ces « réserves » aident le cerveau à compenser plus longtemps les lésions.
Ce programme, d’une durée totale d’environ 23 heures réparties sur trois ans — principalement concentrées dans les cinq premières semaines — aurait un effet durable, jusqu’à l’âge de 90 ans.
Une piste prometteuse mais encore à confirmer
Des experts extérieurs, comme ceux de la Cochrane Collaboration, d’Alzheimer’s Research UK ou de l’Université de Boston, saluent la valeur de ces résultats. Toutefois, ils rappellent que la réduction du risque estimée varie entre 5 et 41 %, et que ces chiffres restent incertains.
Les diagnostics de démence dans cette étude reposaient principalement sur les données de Medicare, plutôt que sur des évaluations cliniques approfondies. De plus, les volontaires étaient en bonne santé au départ, ce qui limite la généralisation des résultats. Rien ne prouve que cet entraînement puisse traiter une démence déjà installée.
Pour les personnes âgées et leurs proches, cet entraînement cérébral de vitesse apparaît comme un outil supplémentaire dans une approche globale de prévention. Selon l’OMS, cette dernière inclut aussi une activité physique régulière, le contrôle des facteurs cardiovasculaires, une vie sociale active et une stimulation mentale variée.
Les experts recommandent de privilégier les programmes validés scientifiquement, adaptatifs et suffisamment intensifs. Ces exercices doivent venir en complément des autres mesures de prévention et du suivi médical. De futures études devront préciser quels types d’exercices, quelles durées et quels profils de patients tirent le plus de bénéfices de ces quelques semaines d’entraînement cérébral.








