SHARE

Vitamine D et cancer : un bénéfice surtout après 70 ans

La question de l’impact de la vitamine D sur le risque de mortalité par cancer revient souvent, notamment chez les seniors. Une étude récente menée par le Deutsches Krebsforschungszentrum (DKFZ) à Heidelberg s’intéresse à cette problématique. Elle s’appuie sur plusieurs essais cliniques pour analyser les effets de la supplémentation en vitamine D3.

Les résultats montrent que l’effet bénéfique est principalement observé chez les personnes âgées de plus de 70 ans, lorsqu’elles prennent une dose quotidienne faible. La supplémentation ne semble pas empêcher l’apparition de cancers, mais pourrait réduire légèrement le risque de décès lié à cette maladie, surtout chez celles qui sont déjà carencées en vitamine D. Plusieurs questions restent en suspens : quels sont précisément les chiffres, pourquoi cet âge de 70 ans est-il un seuil, et jusqu’où faut-il aller dans la supplémentation sans risques excessifs ?

Les résultats de la grande méta-analyse

Selon le DKFZ, une méta-analyse publiée en 2023 dans la revue Ageing Research Reviews a regroupé les données de 14 essais contrôlés, impliquant au total 104 727 participants. Sur cette population, 2015 décès par cancer ont été recensés. La supplémentation en vitamine D3 (cholécalciférol) a permis une réduction d’environ 6 % des décès par cancer, mais cette différence reste statistiquement incertaine.

Lorsque l’étude s’est concentrée sur les essais où la vitamine D était prise quotidiennement, la baisse de mortalité atteignait en revanche 12 %, avec un risque relatif d’environ 0,88. Les doses utilisées dans ces études étaient faibles, comprises entre 400 et 4000 UI par jour. Les schémas en « bolus » mensuels ou espacés, entre 60 000 et 120 000 UI, n’ont pas montré d’avantages. La mesure du taux sanguin de vitamine D, la 25-hydroxyvitamine D [25(OH)D], permet de repérer les carences : en dessous de 30 nmol/L, on parle de déficience, et sous 50 nmol/L, d’insuffisance. En Allemagne, jusqu’à 70 % de la population présente au moins un déficit en fin d’hiver, lorsque l’ensoleillement UVB est faible.

Pourquoi le bénéfice est-il surtout notable après 70 ans ?

Les résultats sont plus marquants chez les personnes de 70 ans et plus : la réduction du risque de mortalité par cancer atteint environ 17 %, soit un risque relatif d’environ 0,83. Les chercheurs expliquent cela par des changements liés à l’âge : exposition au soleil moindre, peau moins efficace pour produire de la vitamine D, augmentation des carences et inflammation chronique. Chez les plus jeunes, l’effet observé est beaucoup moins clair.

Les revues de la Collaboration Cochrane soulignent toutefois que ces résultats proviennent de sous-groupes d’études et que l’impact global sur la mortalité reste modeste et incertain. Elles rappellent aussi que la vitamine D n’a pas encore démontré qu’elle réduisait de manière convaincante l’incidence des cancers. Autrement dit, l’intérêt réside davantage dans une possible amélioration des issues chez les malades que dans une prévention efficace de l’apparition des tumeurs.

Quelle dose pour la supplémentation après 70 ans ?

Selon le National Cancer Institute américain, à partir de 71 ans, l’apport recommandé est de 20 microgrammes par jour (soit 800 UI). La limite supérieure de sécurité est fixée à 100 microgrammes par jour (soit 4000 UI). Les doses utilisées dans les essais cliniques entrent dans cette fourchette. Il est cependant important d’éviter les doses très élevées sur le long terme, qui peuvent provoquer une hypercalcémie, des calcifications, ainsi que des troubles comme fatigue, nausées ou troubles du rythme cardiaque.

Les études de Cochrane ont aussi montré que la supplémentation en vitamine D associée au calcium peut augmenter le risque de lithiases rénales. Cette précaution est particulièrement importante pour les personnes ayant des antécédents de calculs ou des insuffisances rénales. En France, l’Assurance maladie limite la prescription systématique du dosage sanguin de la vitamine D à des situations spécifiques. En dehors de ces cas, une supplémentation modérée peut être envisagée sans contrôle systématique, en restant prudent face au risque de surexposition.

Enfin, les autorités rappellent qu’il ne faut pas chercher à augmenter son exposition au soleil dans l’espoir d’obtenir plus de vitamine D. Le risque de développer un cancer de la peau est supérieur aux bénéfices potentiels de la vitamine D sur la mortalité par cancer.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here